VIES à L’OMBRE

de Giovanni LENTINI

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L’oracle de mai ’19
04.06.2019
(EXTRAIT)

Qui a vécu jusqu’au mois de mai peut se dire favorisé par les dieux. Surtout si ce joli mois de lentes trépidations hiératiques porte moisson d’une foule de lettres formant mot formant phrase formant page après page la résurrection de moments passés. Cette fois, par exemple, Ponge, et Aragon, et Lentini, et Mann (les deux frérots !) sans parler de l’indomptable Lou Salomé

1. Giovanni Lentini (contemporain), Vies à l’ombre, 2019, éd. du Cerisier, 145 pages, 12 euros, imprimé par Vervinck et Fils (Liège). C’est le livre du mois ! Dès la première page où le petiot, fils d’immigré sicilien, à sa première rentrée des classes tente d’expliquer à l’instituteur comment prononcer son prénom Giuseppe (avec un Gi-ou accentué) et s’entend dire "Ce sera Joseph, c’est plus local." (tandis qu’à la récré, plus simplement : "macaroni" - il tentera de rebalancer "patates" à ses petits camarades mangeurs de frites). Et tout est à l’avenant, roman prolétarien d’une enfance prolétarienne dans une bicoque prolétarienne d’une ruelle prolétarienne de Seraing au début des "sixties". C’est beau, c’est parfois triste (le papa qui cache au rejeton qu’il ne sait ni lire ni écrire, inventant une histoire à dormir debout quand il lui faut signer le bulletin), mais jamais misérabiliste. En plus : écriture et simple et poétique (cette grosse voisine fardée "comme une tarte aux fruits") avec une galerie de portraits vrai-de-vrai qui font plonger dans un autre quotidien, celui du "petit peuple", et quand on dit petit, on veut dire grand, très grand. Honnêtement, je vais en acheter quelques exemplaires pour offrir autour de moi. C’est dire...

https://www.rtc.be/vies_a_l_ombre_l...

Faits et Gestes
Mars 2019, 152 p., 12 €
978-2-87267-215-8